Droit de réponse à la Fédération Française de Football

Partager l'article :

On ne se comprend pas…

Ma chère Fédération Française de Football, M. le Président Noël Le Graët, 

Je m’autorise également un droit de réponse à la suite de la parution des articles diffusés dans L’Équipe les 28 septembre et 14 octobre derniers. 

Quand je nomme la FFF de « grande muette », cela englobe plusieurs points. 

Tout d’abord, il s’agit bien évidement de l’absence de soutien aux victimes en vous constituant, par exemple, partie civile aux côtés de celles-ci. Beaucoup de fédérations françaises sont allées jusqu’à modifier leurs statuts pour leur permettre de s’inscrire dans cette démarche. Nous l’avons fait sur une grosse affaire dans le football au sein de la ligue Occitanie au soutien d’une vingtaine de victimes et du club concerné, victime collatérale. Nous allons le faire prochainement sur l’affaire « Olhats », toujours dans le même objectif. Que faîtes-vous ? 

Ensuite, vous ne déployez pas de plan de lutte adapté au sein de votre fédération comme peuvent le faire, entre autres, les ligues Occitanie, Centre Val de Loire et Pays de la Loire à nos côtés. 

Avec 1 million de licenciés mineurs, vous avez potentiellement 200 000 victimes à repérer, à libérer, à SAUVER ! Vous avez donc les moyens de rentrer dans une démarche réelle et efficace de protection de l’enfance.  

Car je vous le rappelle, Colosse aux pieds d’argile ne fait pas la chasse aux sorcières comme vous semblez le craindre mais ensemble, avec nos partenaires du mouvement sportif, nous nous servons bien du Sport comme levier libérateur pour ces victimes qui sont majoritairement des victimes intra-familiales. 

Malgré plusieurs plans de lutte d’envergure que nous vous avons proposés depuis 2016, seules les structures déconcentrées de la FFF s’emparent du sujet. Alors oui, s’agissant du football nous intervenons auprès du Fondaction Football (centre de formation des clubs pro), de l’UNECATEF (entraineurs pro) et dans les pôles France et Espoir. C’est bien à chaque fois à l’initiative de ces entités propres, soit directement à leur demande, soit via une convention avec le Ministère des sports qui est précurseur et très actif sur le sujet. Mais jamais avec l’entité FFF… jamais ! 

Quant à votre PEF et la fiche dédiée à ce sujet, ces messages et outils sont invisibles (les mots « violence », « harcèlement » ou « bizutage » n’apparaissent pas sur la page dédiée du PEF), inconnus sur le terrain et donc malheureusement peu de clubs et éducateurs s’en saisissent. Et croyez-en notre expérience, ce modus operandi ne protège pas vos éducateurs, dirigeants et bénévoles s’ils ne sont pas à minima formés, ni les potentielles victimes pour qui leur parole serait mal accueillie. 

Permettez-moi de vous rappeler que 33% des signalements que nous avons effectués depuis janvier 2022 émanent de votre discipline. 

Quant au fait de « multiplier le nombre de victimes », c’est justement en demeurant dans la discrétion et la réaction et non dans la prévention active et l’action sur le terrain que ces prédateurs et prédatrices agissent en toute impunité contre vos licenciés. Ne voyez-vous pas l’opportunité qui se présente à vous de participer activement à un réel et nécessaire dispositif national de prévention–repérage–orientation face à ce tabou que constituent les violences sexuelles ? Le football est une discipline majeure du sport en France comme dans le monde. Si vous le souhaitez, la FFF peut participer à améliorer notre société.

S’agissant du contrôle d’honorabilité, peu importe de qui vient l’initiative, l’essentiel est bien que ce dispositif soit mis en œuvre même si la tâche s’avère chronophage et plus complexe que prévue. 

M. Le président, s’il vous plait, faites en sorte que vos jeunes licenciés gardent leur sourire non pas uniquement le jour de noël, mais bien toute la vie !

Sébastien Boueilh
Fondateur – Directeur général