Les mineurs sont de plus en plus exposés aux préjudices sexuels en ligne.

Pornographie, préjudices sexuels et cyber-harcèlement : comment protéger nos enfants ?

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Avec la croissance du numérique, l’exposition des mineurs aux contenus pornographiques est en forte augmentation depuis plusieurs années. En moyenne, 12% de l’audience des sites adultes est réalisée par les mineurs. Sur internet, d’autres dangers tels que les préjudices sexuels ou le cyber-harcèlement guettent les plus jeunes. Il est important d’en parler pour prévenir et protéger les enfants.

Les enfants exposés de plus en plus tôt aux sites pornographiques

L’Arcom, Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, est chargée de faire respecter l’interdiction de l’accès des mineurs aux sites pornographiques. Elle a réalisé en mai 2023 une étude, basée sur les données d’audience internet de Médiamétrie, portant sur la fréquentation des sites pornographiques par les mineurs.

Plus de 2 millions d’enfants exposés chaque mois à des contenus pour adultes

En 5 ans, le nombre de mineurs par mois fréquentant des sites adultes a augmenté de 36%, passant de 1,6 million en septembre 2017 à 2,3 millions en novembre 2022. Ils y passent environ 50 minutes par mois, soit 7 minutes par jour.

Le téléphone portable est l’outil le plus utilisé pour accéder aux sites classés X. Les jeunes possédant des portables de plus en plus tôt accèdent à ces sites plus facilement, outrepassant la surveillance de leurs parents.

Les premières consultations commencent à partir de 10 ans pour les garçons. À 12 ans, plus de la moitié se rendent déjà sur des sites pour adultes. Ils y sont généralement plus nombreux que les filles, et l’écart augmente avec l’âge.

Pénétration internaute par sexe et par âge – moyennes mensuelles en 2022

Parmi les 179 sites étudiés, c’est Pornhub qui arrive en tête des plateformes les plus fréquentées avec 1,4 million de mineurs, soit 18% d’entre eux. Elle propose du contenu X accessible gratuitement.

La plateforme fait justement partie des 10 sites pornographiques mis en demeure par l’Arcom en 2021 pour instaurer des mesures concrètes afin d’empêcher l’accès des mineurs à leurs contenus.

Nouveau projet de loi pour «sécuriser et réguler l’espace numérique»

Mercredi 4 octobre 2023, Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé du Numérique, proposait un projet de loi de sécurisation de l’espace numérique. Ce texte charge, entre autres, l’Arcom de veiller à ce que les contenus pornographiques ne soient plus accessibles aux mineurs. Il lui confère également le pouvoir de bloquer les sites pornographiques qui ne respecteraient pas cette règle, sans procédure judiciaire.

Autre point abordé par ce projet de loi, les plateformes devront supprimer dans un délai de 24 heures les contenus à caractère pédopornographique signalés par les autorités.

Le texte, déjà adopté par le Sénat en juillet, est actuellement examiné en commission.

Les dérives du numérique : les préjudices sexuels en ligne

Au-delà de la fréquentation des sites pornographiques, les mineurs sont de plus en plus exposés aux préjudices sexuels en ligne : des comportements considérés comme des facteurs de risque d’exploitation et d’abus sexuels d’enfants en ligne.

Une étude de WeProtect Global Alliance, menée par Economist Impact dans quatre pays européens, explore les expériences de 2 000 jeunes de 18 ans concernant quatre préjudices sexuels en ligne :

  • Recevoir du contenu sexuellement explicite d’un adulte
  • Être invité à garder secrète une relation en ligne sexuellement explicite avec un adulte
  • Avoir des images d’eux sexuellement explicites partagées sans leur consentement
  • Être invité à faire quelque chose de sexuellement explicite en ligne qui les rendait mal à l’aide
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ont subi au moins l’un des quatre préjudices sexuels en ligne avant 18 ans

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ont reçu du contenu sexuellement explicite d’un adulte qu’ils connaissent ou d’un inconnu

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ont été invités à garder secrète leur relation en ligne sexuellement explicite avec un adulte

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ont été victimes d’une personne qui a diffusé des images et/ou vidéos sexuellement explicite d’eux sans leur permission

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ont été invités à faire quelque chose en ligne de sexuellement explicite qui les mettait mal à l’aise ou qu’ils ne voulaient pas faire

68% déclarent avoir subi au moins l’un de ces quatre préjudices sexuels en ligne avant l’âge de 18 ans. Selon l’étude, l’âge moyen auquel les mineurs ont été exposés pour la première fois à un contenu sexuellement explicite en ligne est de 13,8 ans. Dans 79% des cas, le téléphone portable est l’outil le plus utilisé.

Les filles plus touchées que les garçons par les préjudices sexuels en ligne

Près de 4 filles sur 5 (79%) ont subi au moins un préjudice sexuel pendant l’enfance contre 57% des garçons. 7 filles sur 10 ont été l’objet d’une tentative de discussion sur des sujets sexuellement explicites ou l’envoi de contenu sexuellement explicite par un adulte avant leurs 18 ans. Parmi elles, 6% avaient moins de 9 ans et 23% avaient moins de 12 ans.

70% d’entre elles se sont senties mal à l’aise, 31% ont eu peur et 28% ont été choquées. À contrario, 33% des garçons se sont sentis curieux, 30% ont été mal à l’aise et 17% ont été choqués.

La France, pays le moins touché parmi 4 pays européens

Parmi les quatre pays européens où l’étude a été menée (France, Pays-Bas, Allemagne et Pologne), la France occupe la dernière place. 64% des répondants en France ont subi au moins un préjudice sexuel en ligne, contre 73% en Allemagne qui représente le plus haut pourcentage.

Le cyber-harcèlement en hausse avec la fréquentation des réseaux sociaux

En dehors des préjudices sexuels, l’accès à Internet, et plus particulièrement aux réseaux sociaux, a également entraîné une hausse du cyber-harcèlement chez les jeunes. Une étude de l’association E-enfance et de la Caisse d’Epargne réalisée en 2021, a démontré que 20% des enfants ont déjà subi du cyber-harcèlement.

Le cyber-harcèlement, qu’est-ce que c’est ?

C’est le fait d’harceler quelqu’un via internet, par message, mail ou encore sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’un acte malveillant répété à l’encontre d’une personne comme la moquerie, l’intimidation, les insultes, l’humiliation…

Le cyber-harcèlement peut être moral ou sexuel. Il s’agit d’un délit, interdit par la loi et puni d’une amende et/ou d’une peine d’emprisonnement inférieure à 10 ans.

Des utilisateurs sur les réseaux sociaux de plus en plus jeunes

Les enfants reçoivent leur premier smartphone à l’âge moyen de 10 ans. Et ils s’inscrivent rapidement sur les réseaux sociaux : 3 enfants sur 10 sont présents sur les réseaux dès la primaire, 7/10 au collège et 9/10 au lycée. 1 enfant sur 2 fréquente des sites de jeux en réseaux.

Même si les parents ont conscience des risques encourus par leurs enfants, 83% reconnaissent ne pas savoir exactement ce que font leurs enfants sur internet.

Les victimes de cyber-harcèlement sont majoritairement des jeunes filles, âgées d’environ 13 ans, inscrites sur des réseaux sociaux (Instagram, Snapchat, TikTok, Facebook…) ou sur des jeux en ligne en réseau.

En parler pour protéger les enfants

Un enfant qui tombe sur des images pornographiques, qui subit des préjudices sexuels ou qui est harcelé aura sans doute des difficultés à en parler. Pour les parents, aborder le sujet de la sexualité avec son enfant, même si c’est difficile, est une étape nécessaire pour lever le tabou.

Comment en parler avec les enfants ?

Il est important de préparer l’enfant à ce qu’il peut voir sur internet et ce à quoi il peut être confronté : le prévenir des risques qui existent notamment sur les réseaux sociaux et les jeux en ligne et le familiariser aux bons usages du numérique.

Aborder ces sujets avec lui en amont permettra d’instaurer un environnement de confiance, propice au dialogue et aux échanges. En tant que parent, il est important de se montrer à l’écoute et disponible afin que l’enfant n’ait pas honte de parler et de se confier.

La pornographie n’est pas la réalité

Mettre des mots sur la sexualité et la pornographie, avec des termes adaptés en fonction de l’âge de l’enfant, lui permettra de se sentir moins vulnérable face aux images qu’il peut découvrir par hasard, avec des copains ou en cherchant des questions qu’il se pose sur internet.

La pornographie véhicule une fausse image des relations intimes et beaucoup de jeunes se sentent complexés après avoir vu ces images. Les jeunes filles ne se reconnaissent pas face aux critères de beauté montrés sur les sites X, et les jeunes garçons craignent de ne pas être assez performants. Il est important de déconstruire avec eux les scènes qu’ils ont pu voir et de leur expliquer que ce n’est pas la réalité.

Pour les plus grands, le site Lumni propose une série de courtes vidéos sur la pornographie avec plusieurs témoignages d’adolescents et de psychologues.

Dénoncer le cyber-harcèlement

Il est possible de dénoncer des publications inappropriées et d’en demander le retrait. Les réseaux sociaux permettent généralement de signaler un contenu ou un utilisateur directement depuis leur plateforme.

Le 3018, numéro gratuit, anonyme et confidentiel, a pour spécificité de prendre en charge toutes les jeunes victimes de violences numériques dont le cyberharcèlement. Accessible 7 jours sur 7 et de 9h à 23h, le 3018 permet de faire supprimer comptes et contenus préjudiciables des principaux réseaux sociaux, sites et plateformes, car il a le statut de « signaleur de confiance ». Cette opération est réalisée dans des délais très courts, souvent moins d’une heure.

Le site PHAROS (Plateforme d’Harmonisation d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements), géré par des policiers et des gendarmes spécialisés, permet aussi de signaler un contenu internet illégal. Le signalement peut être fait par un mineur.

Il est également possible de déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie. Le cyber-harcèlement est un délit sanctionné par la loi.

Colosse aux pieds d’argile peut vous aider

Lors des sensibilisations auprès des enfants, les intervenants abordent les dangers du numérique mais aussi les bonnes pratiques à adopter pour se protéger. 

L’association propose un accompagnement psychologique et juridique gratuit aux victimes et victimes collatérales. Vous pouvez nous contacter, nous sommes à votre écoute.

Ensemble, luttons contre les violences sexuelles en milieu sportif et libérons la parole des victimes.

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